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Le regard change le monde, cela signifie que selon la façon dont on regarde le monde, celui-ci n’est plus le même. Ah bien sûr, pensera-t-on peut-être, c’est l’histoire du verre à moitié vide, à moitié plein. Si je vois le bon côté des choses, l’univers me paraît sympathique et souriant, si je vois le mauvais côté, il est difficile et désagréable. Ainsi les personnes d’esprit positif et celles d’esprit négatif voient le même monde, mais sous deux aspects différents.
Ce qui change, c’est le vécu intérieur de ces personnes. Le monde, lui, est toujours le même, moitié positif, moitié négatif. Nous choisissons de nous aligner avec une facette de celui-ci, et nous récoltons de ce fait le bonheur ou la tristesse, la simplicité ou la complication, la justice ou l’injustice, l’espoir ou le désespoir. Chacun selon ses affinités entre ainsi en résonance avec l’une ou l’autre des caractéristiques du monde et vit dans un de ces aspects. Nos vies les interprètent dans leurs développements, créant des contextes divers, existentiels, familiaux, sociaux, professionnels, où nous pouvons les expérimenter. Cela correspond aux situations que nous avons choisi de vivre dans notre incarnation, choisi d’explorer afin de compléter notre expérience globale.
Il n’y a donc pas de « mal » à souffrir ou à être malheureux, le seul outil important que nous devons exercer est la neutralité qui nous permet d’arriver au non-jugement, et de considérer toutes choses, « bonnes » ou « mauvaises », comme simplement « étant ». Sortant ainsi de la dualité, nous accédons à un état plus proche de notre divinité intérieure, et avançons peu à peu sur le chemin de notre réalisation.
En soi l’apprentissage de cette neutralité est un travail important dans nos existences, que les « coachs » spirituels ou psychologiques nous aident à accomplir. Cela n’a rien de simple et nous passons pour la plupart par de nombreuses difficultés pour acquérir les premiers rudiments de cette sagesse, de façon d’abord théorique, puis occasionnelle, la mise en pratique régulière étant une autre paire de manches. Ceux qui y parviennent et intègrent vraiment le processus sont ces grands sages de l’Inde, ces figures d’ermite, ces saints héroïques, qui d’ailleurs se retirent toujours du monde, et le vivent de façon protégée au fond d’un ashram ou d’un couvent.
Pour nous pauvres humains, ordinaires, mais néanmoins conscients de notre qualité fondamentale d’êtres divins, cet apprentissage est une lutte permanente de tous les instants. Pour les choses qui nous touchent peu, ou qui touchent les autres, nous parvenons souvent à le mettre en pratique avec une certaine aisance, pour peu que nous en ayons compris le principe. Mais quand quelque chose touche aux tréfonds de notre sensibilité, que nos schémas émotionnels de base sont concernés, rien ne va plus. Si sages que nous soyons, si lucides que nous ayons pu nous développer dans notre vision du monde, les perturbations mentales et émotionnelles provoquées par ces déclencheurs nous éjectent de notre sérénité et nous font perdre tout recul. Nous atteignons ainsi nos limites et n’avons plus qu’à pelleter à grands coups de philosophie et de travail sur soi, voire de thérapie, les chargements de désordre, de perplexité et de souffrance dans lesquels nous pataugeons.
Péniblement, pour la plupart, un peu plus facilement pour les surdoués de la conscience, nous nous frayons notre chemin dans les arcanes de la transmutation universelle. Dans les temps anciens le chemin de l’initiation était également long et parsemé d’embûches, mais les postulants sur la voie n’avaient pas à gérer les mêmes problèmes de fin de mois, de divorces compliqués par les questions de garde d’enfants, ou de supérieurs névrotiques, que beaucoup d’entre nous rencontrent maintenant sur le même chemin, situations qui se jouent au quotidien et nous harcèlent.
Bien, mais quand même nous gagnons du terrain sur ce difficile spirit-movie, et nous ajoutons petit à petit quelques compréhensions et libérations intérieures. Des récompenses sont là elles aussi, et puis des périodes de grâce où tout l’effort disparaît, où nous sommes portés par l’énergie, dans l’amour et la lumière. Des rencontres magiques ont lieu avec d’autres âmes sur le chemin, des échanges et des unions de cœur, des miracles grands ou petits.
Nous nous rapprochons de cet état de non-dualité, de non-jugement, d’acceptation inconditionnelle, qui ouvre la porte à l’accomplissement et le retour dans le cœur divin.
Joie !, chantent tous les anges et les guides qui nous aident dans le chemin, mais nous laissent néanmoins nous taper tout le boulot (désolée pour la familiarité, il y a des choses qui ont besoin d’être dites en langage courant), tout le sale boulot. Mais non, s’exclament certains, ce n’est pas un boulot, c’est une ascèse, vécue dans la joie et le service !
A nouveau, selon notre façon de voir le monde, le chemin est lumineux, une découverte exaltante et passionnante, ou bien il est une pénible et harassante traversée des épreuves incontournables qui préparent à la réalisation. On peut ensuite discuter à l’infini, entre tenants du verre vide et tenants du verre plein.
Ce faisant, on reste encore et toujours piégés dans la dualité, non plus essentiellement parce qu’on juge du bien et du mal, mais simplement d’abord parce qu’on le définit.
Simplement parce que nous avons le concept en nous : facile/difficile, bon/mauvais, lumineux/obscur… Finalement on n’a pas bougé d’un poil. On a recréé à mesure ce que l’on entendait dépasser. Piégés. Emberlificotés. Intriqués.
L’idée de « Le regard change le monde » est de proposer une autre méthode d’approche. Si l’on ne se préoccupe plus de ne pas juger, d’être neutre, il y a quelques chances de plus que le concept de jugement perde de sa densité, s’étiole et disparaisse. Juger/ne pas juger fait aussi partie des points de vue de dualité… Astuce rhétorique ? Oh non… la parole est créatrice, la pensée est créatrice, et ce que l’on conçoit existe automatiquement dans l’univers de la manifestation.
Mais que faire alors, si nous cessons de chercher à sortir de la dualité, continuer de vivre dans un monde où la souffrance, la misère, l’injustice, font partie des choix d’existence de certains, pour tout dire, de la grande majorité des humains ? Accepter cela et ne plus rien tenter pour le changer ? Ni spirituellement, ni concrètement ?
Le jugement n’est-il pas la condition indispensable du refus de la négativité ? Ne faut-il pas commencer par dire non à une chose pour qu’elle disparaisse de l’univers ? Ah… c’est ce que pense notre mental en deux dimensions (deux seulement, eh oui : blanc / noir), et sa logique dans laquelle le « ou » inclusif n’a pas de place, ni le « et/ou » (notre mental sensitif, issu du ressenti, dispose de quelques dimensions de plus, heureusement).
Peut-être, peut-être pas, nous allons laisser cette branche de la réflexion maintenant, comme une branche morte, une branche sans issue. Ou plutôt une branche tellement ramifiée qu’elle se rejoint elle-même et se redonne naissance, pour tourner à l’infini dans le cercle vicieux évoqué plus haut.
Nous allons dire « le regard change le monde » : il le change vraiment, activement, concrètement, substantiellement, il le transforme.
Il ne se contente pas d’en choisir un aspect parmi plusieurs. Non, il est comme la parole, comme la pensée, créateur de l’univers. Notre regard, lui aussi, véhicule une énergie qui fait glisser la manifestation qu’il contemple dans le sens qu’il implique ; il projette un cadre hologrammique dans lequel se coule l’objet qu’il cible. Le regard, au sens psychique et spirituel, n’est pas le simple résultat de la réception passive de quelques clichés, fidèles émissions de l’objet, comme le serait une photo pour nos yeux, ce qui n’a aucun sens, car cela impliquerait qu’un objet, ou une situation, existe dans l’absolu, et que la restitution par ce genre de « photo » en serait une reproduction exhaustive et intégrale ; comme dans toute information, qui n’existe pas sans un retour, il interagit avec cet objet, il lui renvoie des accusés de réception, des réinterprétations, des codes, qui décideront de l’état final de cet objet.
Dieu a confié à l’homme le soin de nommer les créatures, et sans ce nom elles n’existeraient pas tout à fait ; cela signifie que notre interprétation et dénomination est la condition finale et indispensable de toute manifestation ; l’humain a un pouvoir créatif bien plus important qu’il ne l’imagine, un pouvoir de donner vie, ou de laisser dans le potentiel inachevé, l’immanifesté.
C’est pourquoi, bien que nous soyons issus de la dualité, celle-ci ne se maintient dans un sens que par notre propre imagination (aïe, il y aura des arguments pour contrer cette assertion, mais jouons avec cette idée, non dénuée de vérité, bien qu’elle ne soit pas bien sûr une vérité, par elle-même…).
C’est pourquoi, si nous regardons une situation, même collective, même universelle, en déclarant « cela est ainsi », nous renforçons cet « ainsi » ; si nous la regardons en déclarant : « hum, je vois là un grand potentiel d’amour qui cherche son expression », nous renforçons ce potentiel d’amour. Quoi, il n’y était pas ? Il n’y avait pas d’amour dans cette situation ? Eh, qui peut le prétendre ? Qui sait ce qu’il y a dans le cœur des participants ? Qui sait pourquoi ils deviennent violents, destructeurs, irresponsables ? Nous savons tous bien entendu que l’amour est le seul moteur de nos actes et des actes de l’univers. L’amour, ou sa recherche.
Mais quand cela serait, s’il n’y avait nul amour dans cette situation (on le sait aussi, c’est impossible, car l’amour est la substance dont se constitue l’univers et la conscience, tout ce qui existe, et toutes les énergies existantes sont formées par des briques ou ondes d’amour), alors, en prononçant cette phrase « il y a de l’amour là-dedans », celui-ci se manifeste aussitôt. Un seul regard, une seule phrase suffit. A partir de ce germe d’amour, si d’autres veulent aussi focaliser leur regard dans le même registre, les énergies se multiplient, l’idée de l’absence d’amour s’estompe, celle de sa présence s’épaissit.
L’idée qui marche avec ceci est que la prononciation, la déclaration, ne nécessite pas d’intervention particulière de la pensée ni de la verbalisation, mais qu’elle est incluse dans la façon de regarder la chose. Le regard véhicule l’information par lui-même, il la transmet directement. Le terme de regard correspond à un acte, volontaire, déterminé, et s’il est réfléchi c’est encore mieux. Si la vision peut être passive, immobile et purement réceptive, le regard implique un mouvement de l’être, une mobilisation de l’énergie interne vers l’extérieur.
Quand on dit « voir le verre plein » ou « voir le verre vide », on parle du verre et de son état ; il est plein et vide à la fois, plein à moitié et vide à moitié. Et ce que l’on voit, cette pensée, positive ou négative, ne fait que rendre compte d’un état figé de la matière ou de la manifestation. C’est pourquoi ce mode de fonctionnement ne change rien à rien, il ne fait qu’attester l’ambiguïté du monde, sa multiplicité de facettes, sa complexité, mais aussi son inéluctabilité, sa fixation, c’est une chose finie, le chantier a été verrouillé, il n’y a plus d’accès. Le monde est ainsi, les optimistes sont de doux rêveurs, les pessimistes de tristes désabusés, mais le monde n’est pas modifié par leur jugement, ni par leur non-jugement, hélas, et qui ne peut modifier plus que l’état d’esprit de celui qui juge/ne juge pas.
Le regard dont on parle ici crée le contenu du verre ; il le vide, ou il le remplit. Ça n’a rien de comparable avec le choix d’un axe de vision, il s’agit du pouvoir créatif divin en l’humain, activement créatif. Ce ne sont pas des histoires que l’on se raconte, belles ou laides, ce sont des actes que l’on pose. Bien sûr nous avons peine à croire en cette magie créative en nous, comment pourrions-nous, seulement dans un regard, remplir un verre d’eau, ou le vider (heu, sans le boire bien sûr, ni le tremper dans la source…). Dans la pratique nous n’irons peut-être pas tout de suite dans des manifestations si denses, nous ne sommes pas sur ce niveau d’énergie déjà… Mais des situations concrètes elles-mêmes peuvent être ainsi modifiées, des relations peuvent être assainies et transformées. Expérimentons, au moins pour l’exercice, de regarder ainsi des comportements et des attitudes chez des personnes que nous rencontrons. Il est remarquable de voir comme elles sont capables de « répondre » à une nouvelle vision d’elles, par exemple. Cela peut créer de l’amour là où régnait l’animosité, de la coopération là où n’était qu’indifférence.
C’est bien cela qui est au programme de l’humanité maintenant : créer le monde en nous faisant porte-paroles d’un dessein divin, qui ne saura pas à quoi il ressemble tant que nous ne l’aurons pas inventé. Nous le faisons par nos choix instantanés, et si nous voulons un monde de joie, un monde transmuté, hautement et finement énergétisé, nous le créérons en regardant toutes choses avec le regard créateur, qui véhicule cette lumière et son énergie, accompagné de la foi qui l’autorise à devenir opérant. On est loin, très loin de la pensée positive, ou de la pensée négative. On est dans la reprise en main du pouvoir, dans la réappropriation du pouvoir des dieux que nous sommes - et qui ne le savent encore qu’en théorie, ou l’ignorent.
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